Championnat de France de 10km - 2015 Aix les Bains

"Et ça a donné quoi ?" "10km !"

« Et tu as fait quoi ? », me demanda-t-on dès le dimanche soir après le championnat de France de 10 kilomètres en 2015.

« J’ai couru 10 km », répondis-je pour faire court.

« Et tu crois que je vais me contenter de ça ? », s’insurgea-t-on.

 

Soit. Je vais donc raconter ça un peu mieux !

 

Alors tout d’abord, 29 ans, 1 semaine et 1 jour auparavant, je naquis.

 

10 mois plus tôt, je me blessai au tendon rotulien en changeant de chaussures de course à pied, en voulant justement éviter la blessure, souhaitant les remplacer avant qu’elles ne fussent usées. Mauvaise décision, mauvais modèle, mauvaise fatigue… le tendon en fit les frais, me forçant à diminuer d’abord puis à arrêter totalement les entraînements.

 

2 mois et demi avant l’échéance, je repris l’entrainement, les radiologues et médecins m’ayant donné leur feu vert pour rechausser de nouvelles running. Je re-signai par la même occasion pour une licence auprès de l'Athlétique Club Chenôve pour avoir à mes côtés mes buddies d’entrainement et profitai de la validité de ma qualification de l’année précédente pour m’engager sur les championnats de France de 10 km à Aix les Bains.

 

Mollets et muscles des membres inférieurs en général ayant pris congé pendant ces quelques mois d’arrêt, je ne peux nier que la reprise fut douloureuse. Rebondir relevait déjà d’un exploit. Achever une sortie « allure footing » de 40 minutes me semblait demander un mental inestimable. Alors fractionner sur la piste de l’AC Chenôve aux côtés des camarades qui eux, avaient passé l’hiver à courir, patauger dans la boue, fractionner et sprinter dans les côtes, autant dire que ça piquait…

 

Un mois et demi plus tôt, nostalgique de mes dernières compétitions qui remontaient déjà à plus de 6 mois, je sollicitai un peu trop mes jambes sur le duathlon de Chalon sur Saône et fut donc forcée de constater que mon envie dominait toujours ma patience. A défaut de persévérer dans l’effort, je dus donc travailler cette patience et encourager le rétablissement des mollets en interrompant de nouveau les entraînements pour deux semaines.

Quatre jours plus tôt, je rejoignis la piste, devrais-je dire la pelouse du stade sous un soleil indécent avec deux objectifs précis en tête : essayer le poumpoum short d’Elise, qui, si le test s’avérait convaincant, deviendrait ma tenue du jour J (le short, pas Elise), et me dégourdir les jambes pour l’ultime séance d’avant course. Le short me séduisit, tant par son confort que par la sensation de liberté ressentie. Les poumpoum shorts ? La liberté, vous dis-je ! Et non pas les frottements, comme je l’eus craint ! La séance « soft », quant à elle, me parut épuisante alors qu’elle n’en était rien et me mit donc dans un état d’inquiétude non négligeable pour le jour J. 

Short poumpoum femme course à pied Terre de running
Quelques poumpoum shorts parmi tant d'autres !

La veille, avec un bagage d’entrainement et de footings de 80 km en janvier, 99 en février, 112 en mars, et 80 en avril, je partis pour Aix les bains avec les copains, consciente que je ne franchirais pas la ligne d’arrivée avec un record personnel, mais avec l’envie (toujours celle-là) de me rappeler ce que c’est que de taper le bitume pas après pas pendant 10 km. Le coach me recommanda de viser 38min30 ; je me permis de baisser la barre d’encore 30 secondes, ne me sentant absolument pas capable de tenir l’allure requise pour un tel chrono compte tenu de ma forme du moment.

 

 

Le jour J, dimanche, après un échauffement du moins discutable, un pipi entre les voitures, des hésitations sur le nombre d’épaisseurs à conserver pour la course et maintes plaintes auprès du Dieu du vent de face au retour, je me retrouvai enfin dans le sas préférentiel, au milieu de filles dont l’IMC moyen devait à peine effleurer le 15,5. «Hé, boudin, va falloir te sortir les doigts», pensai-je. «Tu y es, tu y vas. Dis-toi que dans 40 minutes, ce ne sera plus qu’un mauvais souvenir», surenchéris-je intérieurement.

 

Les jumelles en brassière et Ugly Betty (qualificatif objectif employé pour désigner une coureuse à chouchou en tissu dans les cheveux, en 2014/2015), que j’avais battues l’an passé étaient désormais dans le SAS élite qui comptait à peine 60 coureuses : « Non, tu ne les auras pas ce coup-ci, ma vieille/grosse », regrettai-je.

Championnat de France de 10km Aix les Bains 2015
Poumpoum shorts et lac du Bourget

 Pan ! Le départ fut donné.

Hormis le premier et le dernier km qui sillonnaient dans les rues du port, le tracé de la course consistait en un aller-retour le long du lac du Bourget. Un vrai parcours à chrono quand il n’y a pas de vent, (et qu’on a la forme) en résumé. J’avalais les 5 premiers kilomètres sans encombre (en 18min50 pour les curieux), les yeux rivés sur mon GPS pour maintenir une allure raisonnable, regrettant de voir aussi bien les filles de devant que de derrière s’éloigner de moi (ou moi d’elles), m’inquiétant de trouver à temps l’inspiration pour une stratégie à adopter pour affronter le vent de face, seule, au retour. Comme tous les coureurs, c’est à regret que je laissai le vent de dos et le panneau du km 5 pour rejoindre la piste cyclable et affronter les plus difficiles.

A défaut d’anticipation, il fallu réagir rapidement : attendre les filles de derrière n’étant pas envisageable, je décidai donc d’accélérer assez violemment pour rejoindre une autre coureuse esseulée qui avait un peu d’avance sur moi. Quand ce fut chose faite et que je repris peu à peu mon souffle et mes esprits, je constatai avec soulagement que derrière un paravent, c’était nettement plus confortable. Mais c’est avec effroi que je vis que le confort était en fait du à un ralentissement notable et à une allure proche du 4min aux 1000 : ceci n’était évidemment pas acceptable.

Fine stratège, je préférai donc abandonner mon abri et repartir à la conquête d’un meilleur chrono. Cycliste dans l’âme, je proposai même à la coureuse de procéder en relais à 2 jusqu’au prochain pack ; elle, bien moins capable de paroles à ce stade de la course que moi, me fit comprendre « Non, même pas en rêve, sans moi ». Le retour jusqu’au km 9 se fit par accélérations, abris et grignotage de places successifs qui m’épargnèrent la solitude et le doute habituels des 7 et 8 èmes km.

 

La vue d’Ugly Betty et d’une des jumelles en brassière au dernier kilomètre me fit l’effet d’un électrochoc et j’accélérai progressivement jusqu’à les atteindre. Hélas, ma tête repris le dessus très vite, rappelant à mes jambes qu’il restait encore le slalom entre le cinéma et l’aquarium, puis le virage à gauche, puis la traversée du pont, puis la longue ligne droite, et, et… et je ne maintins pas mon allure. 

Faudrait pas rester seule... Le vent de face arrive !
Faudrait pas rester seule... Le vent de face arrive !

« Vas-y, tiens bon, sinon tu t’en voudras quand tu y repenseras dans à peine 10 minutes », me dis-je.

 

« Oui, ben c’est pas grave, tant pis, je regretterai, mais là, j’ai pas la foi », m’interrompis-je, laissant les 2 filles repartir devant.

 

Était-ce de savoir que je ne battrais quoiqu’il arrive pas mon record personnel ?

Était-ce simplement de n’avoir pas participé à une compétition depuis longtemps ?

Peut-être aussi la satisfaction d’avoir déjà un bon chrono à la clé ainsi que de bonnes sensations tout au long de la course me suffisaient largement !

 

 

Je franchis donc la ligne d’arrivée après 38min23 d’effort, en cinquantième position, heureuse d’avoir géré ma course aussi bien, agréablement surprise par le chrono, et soulagée de n’avoir pas une fois senti mon genou.

 

 

En résumé, j’ai couru 10 km.




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