Mont-Blanc Man 2016 : le triathlon

Lac de Passy Sallanches Mont Blanc le matin du Triathlon
Le soleil se lève, la météo s'annonce parfaite !
Manchons Kinetic Triathlon
Direction le parc à vélo

Le réveil sonne après un nuit finalement assez calme. Il faut croire que je ne me sens pas si concernée par la course !

 

Je tente d’avaler mon énorme portion de gâteau sport au chocolat préparé hier soir, mais c’est difficile, très difficile. Est-ce parce que c’est simplement mauvais et mal préparé (j’ai appris entre temps qu’il fallait éviter de les cuire au micro-ondes, ces bêtes là, ça les rend pire. J’en reparlerai dans un autre article à l’occasion, d’ailleurs), ou bien serais-je finalement un peu stressée quand  même ? Sans doute un heureux mélange des deux explications, je pense.

 

Peu importe, pas le temps pour mes caprices, le compte à rebours scientifiquement calculé hier soir doit être respecté. Je termine de me préparer, je remplis les bidons, j’optimise ma grande classe pré-course en enfilant mes chaussettes de contention turquoises et roses fluo. Bob range Miss Francilienne dans le coffre de son bolide, y ajoute Toxx (ça, c’est son vélo à lui), ma mère vérifie que la batterie de l’appareil photo est chargé, et nous sommes maintenant prêts à partir.


Dans le parc, à mon emplacement, je prépare mon maillot de vélo de manière à ce qu’il soit facile à enfiler en sortant de l’eau, mais ça manque cruellement d’un cintre ou d’un crochet… (Il faudrait que j’en touche un mot à l’organisation !) Tant pis, on se servira de la cocotte du vélo. Je remplis les poches de barres et d’autres substances pleines d’énergie qui pourraient m’être utiles sur les 80 km, je dépose des gels par terre en espérant que je penserai à les prendre avec moi au cours de la seconde transition pour la course à pied. Ultime vérification : non, visiblement, je n’oublie rien : le dossard, le casque et les lunettes sont prêts, le GPS est allumé. C’est bon, on peut y aller !

 

emplacement parc à vélo, triathlon du mont blanc
Casque, dossard, lunettes, maillot, chaussures, ... Tout est prêt !

 

Un gros avantage avec un triathlon d’une distance pareille, c’est qu’en termes d’échauffement, c’est assez minimaliste. Enfin… C’est mon avis, et donc je ne prends même pas le temps d’aller trottiner, pensant que ce serait dommage de gaspiller les calories du gâteau sport pour pas grand-chose !

8h45 : le briefing a lieu, ne nous apprenant rien d’extraordinaire (et c’est tant mieux).

8h55 : il est temps de se mettre un peu à l’eau pour se faire une idée de sa température. Elle a l’air bonne, à priori.

 

Puis ça y est, il est 9h15, le compte à rebours du départ est donné ! Première réflexion au passage de la seconde bouée (il y en a 4 à l’aller, et 4 au retour) : je crois que je suis partie trop vite (« Ah, parce que sur un LD, il ne faut pas partir aussi vite que sur un Sprint ? »).

Voici, peut-être en désordre, les réflexions suivantes, au fur et à mesure que je me fais doubler : J’ai mal. J’ai mal. Aïe. J’ai chaud. J’étouffe. Nan, mais arrêtez de tous me doubler, s’il vous plait. Aïe. C’est encore loin ? C’est encore long ? Allez, arrête de cogiter, tu sais qu’au pire dans une demi-heure c’est terminé. Aïe. Pouahhhh, mais en fait quand j’aurais terminé cette natation de folie, je vais encore devoir rouler ET courir ? Hé ben je suis mal barrée. Aïe. J’ai chaud. Il est grand ce lac. J’ai soif. […] Allez, concentre-toi à pousser sur les bras. J’ai mal. Attendez-moi ! Aïe.

Autant dire que quand, enfin, je me relève sur mes pieds, je n’ai plus vraiment la foi. 

J’ai l’impression d’avoir nagé comme une débutante, aussi bien dans la gestion de mon allure que techniquement. Pourtant, j’entends que je suis la seconde féminine à sortir de l’eau.

 

 PARDON ?

Sortie d'eau transition 1 triathlon Mont blanc
Enfin, la natation est terminée !

Mais tous ces gens qui me doublaient ? Ce n’était pas des filles ?

Je suis bien la première surprise ! Donc je ne vais pas m’arrêter là, en somme. Alors hop, je galope aussi vite que possible jusqu’au parc, avec ma classe légendaire de thon sorti de l’eau (les lunettes encore sur les yeux tant que je n’ai pas retiré le haut de la combi, la bouche ouverte au maximum, histoire de respirer, enfin : on dirait que j’ai été en apnée ces 30 dernières minutes), et je m’habille, j’avale un gel, le tout encouragée par ma sœur Caro et ma mère agrippées aux grilles ! 


Je crois que la seule chose que j’arrive à leur répondre, quand elles me hurlent que je suis seconde, c’est « nan mais laissez tomber j’en peux plus ». Encourageante, la fille…

 

Je monte sur Miss Francilienne, j’enfile mes chaussures sur la première ligne droite criblée de nids de poules, essayant de trouver de l’oxygène, de calmer ma respiration, mais c’est dur. Je sais que j’ai à peine 2-3 km avant la première ascension, ce qui me parait parfaitement insuffisant pour retrouver un rythme cardiaque potable. 

Transition 1 triathlon du Mont blanc
Va enfiler des chaussettes avec les pieds mouillés...

J’atteins le rond point et là, ça commence vraiment : la côte de Domancy, la montée  de Bernard Hinault, du tour de France de cet été. Appelez-la comme vous voulez, moi je vous dis qu’elle pique. Je ralentis, non pas pour respecter une fine stratégie anticipée, mais simplement parce que je ne peux pas aller plus vite ! La gravité a l’air d’être contre moi, alors je vais prendre mon mal en patience. Je me fais très rapidement rattraper par 2 filles. J’ai beau avoir mal, je reste lucide : essayer de suivre leur allure ne serait même pas audacieux, ce serait stupide. Alors je leur souhaite bon vent et je me concentre enfin sur ma course à moi. Je connais le parcours, je sais qu’après cette grimpette vient une descente large, propre, que je maîtrise et qui me sera salvatrice pour la suite.

Savoir ce qui m’attend m’aide énormément et me permet de gérer mon effort.

 

Sur mon vélo, j’ai 3 choses à penser : m’alimenter et boire toutes les demi-heures pour être au mieux quand je démarrerai la course à pied et pour éviter une hypoglycémie ou des crampes (hors de question de répéter l’épisode de la JPP de cet été), « garder des plumes » pour la course à pied, un sage conseil fourni par mon amie Fred, et respecter mon heure de passage au viaduc de Saint-Gervais, car j’ai rendez-vous avec mon public (ma mère, Caro, et Bob) 1h30 après le début du vélo et je ne voudrais pas les faire attendre !

Au cours de la seconde montée, plus roulante, je rattrape la féminine qui était sortie de l’eau première : voilà qui me classe provisoirement 3ème, et qui m’encourage particulièrement.

 

 

Les gels et les barres ont bon goût mais leur répétition devient lassante et me donne l’impression de me gaver. Je varie les plaisirs en prenant un flapjack à la cacahuète. Ô grave erreur !

Caro respecte ses engagements
Caro respecte ses engagements

Je n’ai pas pris en compte que j’étais en montée (celle de Cordon, qui n’a absolument pas à rougir de Domancy, sincèrement) et en manque d’oxygène : impossible de manger et de respirer en même temps, j’ai l’impression que je vais étouffer, le cardio s’emballe ! Ok, on va rester sur la monotonie, au moins elle ne m’empêche pas de souffler, elle.

Coté ponctualité, je guette le chrono et je m’aperçois que je suis presque dans les temps : il me reste à accélérer légèrement dans la descente qui mène au viaduc : honorer à la minute près cette heure fixée complètement arbitrairement hier soir me tient à cœur et je mets donc mon cœur à l’ouvrage ! J’ai mon idée en tête, et je dois être donc particulièrement concentrée car je rate au passage sur la route mon père qui m’encourage mais que malheureusement je n’entends ni ne vois. Au viaduc, je ne suis pas déçue : ils sont bien là, à crier comme des putois, et, cerise sur le gâteau, Caro, femme de parole, respecte son engagement d’hier soir : elle relève sa robe pour me montrer son cul, « comme les débiles dans le public au tour du France ». Et hop, je me paie un fou rire sur toute la descente de Saint Gervais. Décidément, c’est vraiment chouette, les triathlons LD, on a plus le temps de regarder, de penser, d’apprécier… ! 


Les imprévus sur le parcours sont de 3 types : les fesses de ma sœur, les apparitions de Bob par moments : je ne sais pas comment il fait pour arriver ici et là aussi vite, ça m’occupe d’ailleurs l’esprit pas mal de temps encore après l’avoir vu, c’est chouette ! Et les crampes, ce qui est subitement beaucoup moins chouette.

 

La première crampe qui m’attaque est pendant cette même descente : elle cible le bras, ce qui est surprenant mais pas particulièrement gênant. Le slalom entre les voitures sur cette portion particulièrement encombrée a du –légèrement- me crisper (quand j’y repense, je me dis que j’ai même été doucement inconsciente sur certains virages, mais visiblement, ça passait, alors passons !). Ce qui devient nettement plus gênant, c’est quand les crampes migrent dans une jambe puis dans les deux : légèrement d’abord, puis telles des fourchettes plantées dans chaque cuisse ensuite. Je n’ai pas le choix, je m’arrête et mets pied à terre, tentant d’étirer ces saloperies infidèles. Au bout d’une bonne minute, les crampes ont l’air de passer : je repars et, le temps d’engloutir un gel anti crampes, j’entame la dernière ascension, la plus pénible par sa longueur. 

Première apparition de Bob : so far, so good !
Première apparition de Bob : so far, so good !

J’ai le temps de gravir 3 lacets avant que les crampes ne reviennent de plus belle. Cette fois-ci, je ris nettement moins qu’il y a 25 minutes pendant la descente ; je descends du vélo (ce qui est assez acrobatique quand on a les muscles qui n’en font qu’à leur tête), le pose à terre, et je m’étire. Je suis blasée : « tout ça pour ça ? » je pense. Mes jambes ont pris leur indépendance et ne m’obéissent plus, je ne peux plus continuer. 

Seconde apparition de Bob : euh... j'ai mal ?!!
Seconde apparition de Bob : euh... j'ai mal ?!!

Alors je marche un peu à coté de miss Francilienne, déçue. Je réalise progressivement que si je peux marcher, je peux au moins tenter une nouvelle fois de pédaler. Il faut croire que ma déception a convaincu les guibolles de se remettre au travail : donc je repars, et plutôt bien, même ! Décidément, pour être éprouvant, ce parcours, il l’est ! Les rampes à franchir sont édifiantes et évidemment pires que lors du repérage, vu ma fraîcheur qui s’est quelque peu estompée ! A environ 1,5 km du sommet, la 4ème féminine, une demi-portion, me double ! Horreur ! C’est reparti pour un tour de « Ah non, pas maintenant ! », de « Tout ça pour ça », etc. Il est absolument hors de question qu’elle termine devant moi : « Non, non, non ! Elle a profité de mes arrêts crampes, c’est trop injuste », cette fois-ci, ce n’est pas de la déception, mais de la colère qui m’anime : alors non, je n’arrive plus à accélérer dans les derniers hectomètres de montée, mais je me promets de ne rien lâcher.


Et je m’y tiens : j’atteins le sommet, puis redescends en trombes (c’est un sacré avantage, la colère, en descente : ça masque la peur !), croisant tous les concurrents qui grimpent, en pensant « ah ouais, bon courage à vous, la galère, c’est fini pour moi les gars ! ». En bas, à Passy, il me reste 5 km de plat. J’avais prévu de les parcourir plutôt en cadence pour moins solliciter les jambes en vue de la course à pied, mais ça, c’était avant. Si je veux rattraper la troisième, qui est grenobloise et que Bob connait et encourage (damned !), il va falloir forcer un peu : je fais abstraction du vent de face, je sers les dents, et je fonce. 

 

Cela me permet d’entamer ma transition juste devant. Ma lucidité a du rester au sommet de Plaine Joux car je rate presque mon emplacement, je panique, je repartirais presque à pied avec le casque encore sur la tête… J’enfile mes manchons tant bien que mal, je change de maillot, et je m’apprête à partir quand Caro, qui est encore collée à la grille du parc, me rappelle d’emporter mes 2 gels avec moi. Ouf et merci ! C’est ce que j’appelle une transition assez ratée. Nous ressortons côte à côte du parc. 

Là, il faut être fine stratège : je n’ai pas d’entrainement et encore moins de recul sur le rythme que je dois prendre pour ces 20 km. Néanmoins, il faut se débarrasser de la concurrence : alors c’est simple, à défaut de confiance en moi, j’y vais au bluff et démarre les 2 premiers kilomètres un peu au dessus de 15 km/h. Je sais pertinemment que je ne les tiendrai pas, mais elle, non ! et petit à petit, je creuse l’écart. A la sortie de la forêt, j’ai parcouru entre 3 et 4 km et je suis cuite, à point. C’est pourtant là qu’il faudrait en avoir un peu sous la semelle, afin d’affronter le vent de face qui redouble. « Tu as été joueuse, il faut apprendre à perdre », me dis-je. J’atteins un des nombreux ravitaillements du parcours, j’engloutis un verre de coca, m’asperge d’eau et là… un miracle se produit : un coureur repart du ravito en même temps que moi. Il court à 12 - 12.5 km/h, une allure que je peux suivre ! Je bondis sur l’occasion et me glisse dans ses pieds : tel un zombie, je ne vois plus rien, je ne réfléchis plus. 

Je me concentre sur ses semelles et sa foulée, et je cours, je cours. 5, 6, 7… Nous avalons les kilomètres jusqu’au ravitaillement suivant. J’ai repris du poil de la bête, et le parcours est légèrement abrité du vent : mon paravent repart, mais à moindre allure, donc je décide de reprendre ma course en mains et reprends de plus belle, profitant presque du paysage et du tracé qui est agréable et varié, alternant chemin blanc, sous-bois et bitume. Le balisage nous annonce au sol chaque kilomètre parcouru ; je m’autorise à compter à rebours à partir du km 12. Je me sens bien, je me sens mieux. Je commence même à me voir franchir cette ligne d’arrivée 3ème.

Mais évidemment, ce serait trop simple ! Alors les crampes reviennent me tenir compagnie aux alentours du 14ème km. Plutôt timides au départ, elles me forcent à courir un peu différemment, à m’inspirer d’un cow-boy qui ne pourrait pas plier les jambes mais qui devrait fuir. Puis comme à vélo plus tôt, elles gagnent du territoire et manquent de me faire tomber par terre. 

 

L'arrivée est là ! Ouf c'est terminé !
L'arrivée est là ! Ouf c'est terminé !

Rien n’y fait, les muscles sont tétanisés et je ne peux même plus marcher, je suis comme paralysée. Chaque tentative de pas se solde par les muscles qui se contractent et me font tomber. 

Mont Blanc Man 113 Passy
Parce qu'il faut bien le porter une fois... le T-shirt Finisher !

A défaut, je respire, je me lamente sur mon futur sort de 4ème, et j’attends que les crampes s’estompent un peu, me demandant pourquoi j’ai « gardé des plumes à vélo" si c’est pour finir par un forfait à pied. Je patiente deux bonnes minutes et constate avec soulagement que je peux envisager de marcher, ce que je fais doucement d’abord, puis un peu plus vite, jusqu’à recourir. La foulée n’est pas très naturelle mais elle a le mérite de me rapprocher de l’arrivée. Je serre les dents, je m’interdis de regarder derrière moi, et je me concentre sur les derniers kilomètres. Le parcours a rejoint le trajet aller : c’est évidemment plus monotone car on connait déjà, mais c’est aussi gage de sécurité car je sais désormais à quoi m’attendre ! 

Au km 18, Greg, un relayeur, me rejoint et m’encourage à le suivre pour que nous terminions ensemble. Voilà qui me change de mes crampes ! Il faut dire que parler de « l’arrivée » me rend subitement plus fringante et me permet d’y arriver, enfin ! Nous discutons pendant ces 2 km, sans vraiment nous rendre compte que nous courons ! Tout s’accélère, et les 400 derniers mètres passent encore plus vite !


Le public encourage, l’arrivée est visible, bref, les frissons me prennent ! Comble de galanterie, Greg me laisse finir devant lui : cela fait 5h29min19 secondes que le départ a été donné, je termine 43ème au scratch et 3ème féminine, j’ai rarement autant pris de plaisir sur une course, et je suis désormais Mont-Blanc Man Finisher !

 

 

La question qui attend maintenant sa réponse, c’est la suivante :

C’est quand, le prochain ?!



Écrire commentaire

Commentaires: 0