Et si on se faisait un petit triathlon ?



Au mois de décembre, c’est certain qu’on entend moins parler de triathlon que de course à pied, et devinez pourquoi : est-ce que vous, vous aimeriez aller vous baigner dans un lac en cette saison ?

 

Non, c’est bien ce que je pensais, et moi non plus d’ailleurs ! L’air me mord suffisamment le nez et les oreilles dès que je sors dehors pour que je ne meure pas d’envie de piquer une tête en lac…

Cependant, ne croyez pas pour autant que le triathlète hiberne en ce moment ! A l’heure qu’il est, il prépare déjà la saison prochaine et se trouve vraisemblablement à la piscine en train de peaufiner son crawl (sans forcément  travailler ses virages en culbute parce que « ça ne me servira à rien dans un lac en mai prochain » !).

 

Cela fait déjà 3 mois que je n’ai pas enfilé ma combinaison et ça y est, ça me manque atrocement : à défaut de prendre le départ d’un triathlon, je vais donc vous en faire vivre un à partir de ce que j’ai pu apprendre au cours de mes 4 saisons ; je vais me concentrer ici sur le format Sprint que je connais le mieux pour l’avoir pratiqué au moins 20, 25 fois.

 

Un triathlon en format Sprint, pourvu que vous souhaitiez avoir un peu le goût du sang dans la bouche (et dans cette mise en scène, c’est le cas, croyez-moi !), ce n’est non pas 3 disciplines qui s’enchaînent, mais 5 : la natation, la première transition (« T1 »), le vélo, la seconde transition (« T2 »), puis la course à pied ! Et faites-moi confiance, parfois, c’est au niveau de ces fameuses transitions que cela peut pêcher.

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
Championnat D2 2016 La Rochelle Dijon Triathlon

On m’a déjà demandé pourquoi est-ce qu’un triathlon commençait par la natation ? J’ai 2 réponses super logiques à vous fournir : premièrement, parlons température : serait-il raisonnable, selon vous, après avoir fait environ 1 heure de vélo et de course à pied, de vous jeter la tête la première dans une eau pas forcément ultra chaude ? Certes, il y a toujours des secouristes lors des épreuves, mais ce n’est pas une raison pour risquer des hydrocutions ou des noyades…

 

La seconde raison est encore plus pragmatique ; en commençant par la natation, l’enfilage de la combinaison en néoprène se fait avant le départ de la course : dans la mesure où il faut se contorsionner une bonne dizaine de minutes avant de s’y sentir à peu près à l’aise et d’envisager de se mettre à l’eau, ce serait assez contraignant de faire ça en étant chronométré (et moite).

 

Vous voici donc au bord du lac (ou dans le cours d’eau ou en bout de ligne de piscine, parfois) en trifonction, cet espèce de maillot de bain qui ne vous quittera pas de la course, éventuellement recouvert de cette fameuse combinaison en néoprène, avec sur la tête un bonnet aux couleurs de l’organisation et par-dessus vos lunettes de natation.

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
Départ du triathlon Sprint de Dijon 2016. Crédit Photo : ArnooO!

Vous avez évidemment prévu des lunettes qui tiennent bien (au risque d’avoir une marque un peu disgracieuse autour des yeux lorsque vous sortirez), un peu solides, qui ne craignent pas les éventuels coups de bras, de pied, etc. des autres participants. 

Vous avez écouté le briefing d’avant-course et vous avez repéré les bouées et le parcours à effectuer à priori en crawl (il parait que c’est ce qui va le plus vite).

 

L’organisation met de la musique volontairement particulièrement stressante. Votre cœur s’emballe alors que vous êtes complètement immobile : pas de toute, le départ approche !

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
la poissonnerie ou le départ en natation. Crédit photo : Mégane VSw

« MMMEEEEEEEEEEEEPPPPPPPPP ! » La corne de brume retentit violemment, le départ est donné : vous courez jusqu’à l’eau et c’est parti. Le démarrage est si soudain que vous en oubliez votre angoisse quant à la température fraiche de l’eau. Vous êtes tellement concentré sur les bouées et sur les coups de pied à éviter que le goût de terre et d’algues de l’eau ne vous dérange pas tant que cela. 

Il reste un élément un peu surprenant, c’est que vous ne voyez pas vos mains en nageant (« mais où sont donc passés le carrelage de la piscine et les lignes qui aident à nager droit ? », pensez-vous à regret).


Lentement mais sûrement, le parcours de natation défile. Une pensée vous vient à l’esprit à l’approche de la dernière bouée, quand vous levez la tête pour vérifier que vous êtes sur sa trajectoire : « p*&%$, elle a l’air de s’éloigner, c’est pas bien normal !».

Vous la chassez de votre tête, car il vous faut vous concentrer sur la prochaine étape : la transition 1 ! Vous aurez beau avoir peu à faire en sortant de l’eau, ça peut vous servir de commencer à y penser (et puis ça vous occupe pendant cette fin de natation un peu pénible). Vous visualisez votre vélo dans le parc et vous vous listez les gestes à effectuer. En un rien de temps, ça y est, vous êtes de nouveau bipède ! Le temps de rejoindre votre emplacement et votre vélo  en courant, vous avez déjà réussi à retirer le haut de votre combinaison et vous avez dans une main bonnet et lunettes.

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
T1 : Sortie de l'eau (c'est pas trop tôt !) et en route pour le parc à vélo

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
Les vélos et les chaussures sont prêts dans le parc

Alors que vous fixez votre casque sur la tête et que vous fermez la jugulaire, vous battez des jambes afin que le bas de la combi s’en aille, aidé par l’eau restée piégée entre la peau et le néoprène. Il vous reste à enfiler votre ceinture porte dossard comme un pantalon (si vous commencez à jouer avec la fermeture de la ceinture, vous en avez pour 3 à 4 tentatives avant d’y arriver), dossard dans le dos, et à attraper votre bolide en direction de la sortie du parc. 

 


Vous êtes maintenant pieds nus et vous courez, votre vélo à la main (là, vous avez au préalable appris à le diriger par la selle d’une seule main : vous êtes donc plus droit que si vous aviez les 2 mains sur le guidon, et donc plus efficace pour courir) jusqu’à la ligne matérialisée au sol qui vous autorise à enfin pédaler.

 

Pieds nus ? Oui, inévitablement ! Puisque vous ne voulez pas d’une transition qui excède les 35-40 secondes, il va de soi que les chaussettes, on oublie ! Et vos chaussures de vélo, me demandez-vous ? Faut-il vous rappeler que vous les avez fixées sur les pédales avant la course, et qu’elles tiennent à l’horizontale à l’aide d’élastiques tendus sur le cadre, prêtes à être enfilées lorsque vous franchirez la ligne et sauterez sur votre vélo ? Ah, oui, vous n’êtes déjà plus très lucide, vous aviez oublié, c’est vrai que vous venez de nager 750 mètres et que vous avez traversé le parc à vélo à toute vitesse et presqu’en apnée !

Bon, alors ce parcours vélo, on s’y colle ? Vu que vous aimez le vélo et que, de surcroît, vous êtes discipliné, vous avez repéré le parcours hier : vous savez donc quelles sont les difficultés et où elles se trouvent. Vous n’avez plus qu’à retrouver votre souffle que vous avez du égarer au moment du départ en natation et à pédaler à un rythme de « croisière plus », à savoir une allure que vous pouvez tenir jusqu’au bout mais qui rend l’admiration du paysage plutôt difficile et l’action d’attraper votre bidon pour vous désaltérer digne d’un effort certain.

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
La tête dans le guidon... Crédit photo : Mégane VSw

Au besoin, un gel « coup de fouet » est accroché à l’aide de ruban adhésif d’électricien sur votre cadre. Vous passez le plus clair du circuit allongé sur vos prolongateurs à admirer votre manucure et à hésiter à le prendre. C’est l’approche de la seconde transition qui vous convainc de le gober. En effet, vous qui avez déjà mal aux cannes à l’heure qu’il est, enchaîner sur 5 kilomètres à pied ne vous parait plus du tout concevable : toute aide calorique est donc la bienvenue. 

Les 20 km de vélo sont pliés, la ligne de descente du vélo approche. Véritable pro de l’anticipation, vous ouvrez vos chaussures et libérez vos pieds. Il vous reste 200 mètres à parcourir en pédalant sur les chaussures. Au loin, vous voyez l’arbitre agiter le drapeau de transition : vous passez une jambe par-dessus le cadre et vous êtes désormais prêt à sauter du vélo pour enchaîner en courant jusqu’à votre emplacement. Ça va faire mal de sauter pieds nus sur le bitume ? Euh… oui, cela doit même faire très mal !

Mais l’adrénaline fait office de semelles et vous ne sentez absolument rien en atterrissant par terre. 

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
Il ne vous reste plus qu'à retrouver votre emplacement et vos baskets ! Crédit photo : Andréa P.
Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon
Mathilde, pieds nus, s'approche de la T2. Crédit photo : Andréa P.

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon Giant Liv cyclisme
On range le vélo (Brenda en l'occurrence)

Face à votre emplacement, vous calez votre vélo pour qu’il ne tombe pas, vous retirez votre casque et le posez délicatement au sol puis vous enfilez vos chaussures de course à pied préalablement poudrées de talc pour faciliter cela. Pas question de faire les lacets ! Et puis quoi encore ? Un brushing ? Non non, les lacets autobloquants vous évitent cette perte de temps ! Il me semble que vous êtes prêt à enchaîner sur la dernière partie ! Hop hop hop, vous tournez votre dossard côté ventre et quittez le parc à vélo en à peine 30 secondes, la « T2 » a été drôlement bien réussie, bravo !


Dans le parc, il y avait du monde, des encouragements, alors ça allait plutôt bien. C’est seulement au moment où vous entamez vraiment le parcours à pied et qu’il y a moins d’ambiance que vous réalisez que vous avez des morceaux de bois à la place des jambes.

 

Là, le temps peut se faire long : vous avez bien le droit de penser à tout ce que vous voulez (voici quelques pistes), l’idée que « 5 kilomètres, c’est super long » vous effleurera forcément à un moment. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Alors vous serrez les dents et vous prenez votre mal en patience. Après tout, si vos calculs sont exacts, à raison d’une allure de 4 minutes 30 au kilo, dans 22 minutes 30, c’est terminé !

  

Les 300 derniers mètres sont comme sur toutes les courses : magiques ! La musique si stressante il y a une bonne heure est désormais mystérieusement encourageante et vous porte jusqu’à l’arrivée ! La douleur des derniers kilomètres s’efface au profit d’un sourire jusqu’aux oreilles ! Vous l’avez fini, ce triathlon ! Et même si vous avez passé un bon moment à vous demander ce que vous faisiez là, dans ce lac immonde, ou sur ce vélo pourri, ou à courir le long de cette piste cyclable sans intérêt, maintenant, vous ne vous demandez plus qu’une chose :

Est-ce que c’est raisonnable si j’en refais un le week-end prochain ?

Adrinaline et si on se faisait un petit triathlon  Terre de running Quetigny
Course à pied sur le triathlon CD d'Auxonne 2016. Crédit photo : Andréa P.

PS : Là, vous vous dites qu’est c’est plutôt une veine que je n’ai pas eu envie de vous raconter un triathlon plus long, nan ?! (cela dit, si vous en voulez davantage, allez par ici...)

 

PPS : Il est autorisé et envisageable d’enfiler des chaussettes (ça m’est arrivé), de même que si vous prenez 2 min 30 pour une transition, je ne me fâcherai pas. J’ai simplement eu envie de vous raconter un mix de mes triathlons à moi ! Et pour la petite histoire, le brushing m’a vraiment été proposé (ainsi qu’un tabouret) vu ma lenteur en transition à une certaine époque…


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Commentaires: 1
  • #1

    Steph (lundi, 05 décembre 2016 20:36)

    Parfois on oublie d'enlever ses lunettes de natation, mais c'est une légende...